Un nouveau battement.
Plus lourd encore.
Comme si le monde possédait désormais un second cœur.
Un cœur qui ne battait pas pour vivre.
Mais pour annoncer quelque chose.
Quelque chose d'ancien.
Quelque chose qui avait attendu trop longtemps.
Et partout dans Paris...
Ils le sentirent.
Pas seulement les humains.
Pas seulement les démons.
Les Maîtres.
Eux aussi.
Pendant une fraction de seconde...
Tous eurent la même sensation.
Comme si une présence invisible venait de poser son regard sur eux.
Comme si quelque chose, quelque part...
venait de se souvenir de leur existence.
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À l'est de la capitale.
Le Maître du Feu s'immobilisa au milieu d'une avenue en flammes.
Autour de lui, plusieurs démons venaient d'être réduits en cendres.
Leurs corps brûlés disparaissaient encore dans les braises.
Mais il ne regardait plus le combat.
Il regardait le ciel.
Les flammes autour de lui perdaient leur intensité.
Comme si même le feu refusait de continuer.
Son feu vacilla.
Pour la première fois depuis des décennies.
Pas parce qu'il était faible.
Mais parce qu'il ressentait quelque chose qu'il ne comprenait pas.
Quelque chose que même son élément semblait craindre.
— Ce n'est pas possible...
Murmura-t-il.
Sa voix était presque inaudible.
Comme s'il avait peur que le ciel lui-même entende.
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Au nord.
Le Maître de l'Eau sentit l'eau de la Seine vibrer.
Pas sous l'effet du vent.
Pas sous l'effet d'une force extérieure.
Sous l'effet de quelque chose.
Le fleuve entier semblait vouloir s'élever.
Comme attiré.
Comme appelé.
Comme si une autre volonté venait de reconnaître son existence.
Il posa une main sur la surface.
Puis la retira immédiatement.
L'eau était glaciale.
Non.
Pas froide.
Ancienne.
Comme si elle portait en elle la mémoire d'un monde oublié.
Un monde avant les hommes.
Avant les démons.
Avant les Maîtres.
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À l'ouest.
Le Maître de la Terre perdit l'équilibre.
Le sol venait de bouger.
Pas à cause d'un séisme.
Pas à cause d'une explosion.
Comme si quelque chose respirait sous la planète.
Chaque inspiration semblait faire trembler les fondations du monde.
Des fissures parcoururent le bitume.
Lentement.
Comme des veines qui s'ouvraient.
Il resta immobile.
Écoutant.
Puis son visage pâlit.
— La Terre...
a peur.
Et pour la première fois...
lui aussi eut peur de ce qu'il venait d'entendre.
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Au sud.
Le Maître du Vent leva lentement les yeux.
Depuis plusieurs minutes...
Plus aucun courant d'air n'existait.
Pas une brise.
Pas un souffle.
Même la fumée des incendies restait suspendue dans l'air.
Le vent...
avait disparu.
Comme s'il refusait désormais de souffler.
Comme s'il ne voulait pas transporter ce qui allait arriver.
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Puis tous levèrent la tête.
Au même instant.
Vers la lune.
Vers les yeux.
Vers la fissure.
Sans se concerter.
Sans communiquer.
Ils venaient tous de comprendre la même chose.
Le combat contre les démons...
n'avait plus aucune importance.
Parce qu'ils n'étaient plus face à une invasion.
Ils étaient face à un réveil.
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Très loin.
Noctis sentit leurs présences se rapprocher.
Un léger sourire apparut.
Un sourire triste.
Comme celui d'un homme qui voit arriver quelque chose qu'il espérait ne jamais revoir.
— Ils arrivent enfin...
Orion tourna la tête.
— Tu crois qu'ils peuvent arrêter ça ?
Long silence.
Un silence pendant lequel même Noctis ne regarda pas Orion.
Puis Noctis répondit.
— Non.
Ils viennent seulement...
pour assister au réveil...
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Le battement résonna de nouveau.
Plus lent.
Plus profond.
Comme si le monde s'habituait peu à peu à ce nouveau rythme.
Comme si la réalité elle-même apprenait à supporter cette présence.
Les immeubles vibrèrent.
Les vitres se couvrirent de fissures.
Certaines explosèrent sans raison.
Puis...
Plus rien.
Un silence.
Épais.
Étouffant.
Même les cris avaient disparu.
Même les flammes semblaient brûler moins fort.
Comme si Paris entière retenait son souffle.
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À travers Paris...
Une même sensation traversa tous les Maîtres.
Une certitude.
Ils devaient aller là-bas.
Aucun ne savait pourquoi.
Aucun ne savait ce qu'il allait trouver.
Mais tous savaient qu'ils n'avaient plus le choix.
Parce que quelque chose les appelait.
Et ce quelque chose...
n'était pas une voix.
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Le Maître du Feu traversa les rues embrasées.
Les démons ne l'attaquaient même plus.
Ils étaient prosternés.
Le front contre le sol.
Tremblants.
Comme des animaux sentant approcher un prédateur.
Mais ce n'était pas un prédateur qu'ils ressentaient.
C'était quelque chose qui existait avant la notion même de prédateur.
Il continua sans les regarder.
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Le Maître de l'Eau avançait au milieu de la Seine.
L'eau formait naturellement un chemin sous ses pieds.
Mais aujourd'hui...
Elle ne lui obéissait plus vraiment.
Elle semblait hésiter.
Comme si une volonté plus ancienne parlait à travers elle.
Comme si le fleuve lui-même voulait fuir.
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Le Maître de la Terre sentit les immeubles vibrer.
Il posa une main contre un mur.
Puis ferma les yeux.
Pendant une seconde...
Il entendit quelque chose.
Un battement.
Non.
Des battements.
Des milliers.
Comme si toute la roche de la planète possédait une mémoire.
Comme si chaque pierre se souvenait d'une époque où cette chose existait déjà.
Il retira sa main.
Brusquement.
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Le Maître du Vent sauta d'un toit.
Une bourrasque aurait dû ralentir sa chute.
Rien.
Le vent refusait toujours de souffler.
Il s'écrasa au sol.
Roula.
Puis se releva.
Son regard ne quittait plus le ciel.
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Peu à peu...
Les quatre silhouettes se rapprochaient.
Par des rues différentes.
Sans jamais s'être parlé.
Comme attirées par une force invisible.
Comme si Paris elle-même les guidait vers leur destination.
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Au centre de Paris...
Akai respirait difficilement.
Son démon demeurait silencieux.
Un silence pesant.
Inhabituel.
Comme s'il écoutait.
Comme s'il attendait quelque chose qu'il connaissait déjà.
Puis...
Il murmura.
— Ils viennent...
Akai fronça les sourcils.
— Qui ?
Aucune réponse.
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À plusieurs centaines de mètres...
Noctis leva lentement la tête.
Puis il sourit.
Pas d'amusement.
Pas de satisfaction.
Un sourire presque mélancolique.
Comme quelqu'un qui voit revenir une histoire qu'il croyait terminée.
— Les derniers gardiens...
sont enfin réunis.
Orion suivit son regard.
Quatre présences.
Quatre puissances.
Quatre Maîtres.
Ils arrivaient.
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Mais au même instant...
Quelque chose changea.
Les yeux dans la lune...
cessèrent de regarder Akai.
Très lentement...
Ils glissèrent.
Vers la ville.
Vers les quatre Maîtres.
Comme si cette nouvelle réunion...
avait attiré son attention.
Comme si ces quatre êtres représentaient quelque chose qu'il attendait depuis longtemps.
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Le cœur de Noctis manqua un battement.
— Non...
Murmura-t-il.
Tsuki tourna immédiatement la tête.
— Quoi ?
Les lèvres de Noctis tremblaient.
À peine.
— Ne regardez pas en haut.
Trop tard.
Les quatre Maîtres avaient déjà levé les yeux.
Et pendant une fraction de seconde...
Ils eurent tous exactement la même vision.
Une vision si ancienne...
qu'aucun langage humain ne pouvait la décrire.
Ils ne virent pas un monstre.
Ils virent une absence.
Un vide qui avait appris à exister.
Leurs pupilles se dilatèrent.
Leurs visages pâlirent.
Et pour la première fois...
Les quatre Maîtres des Éléments reculèrent.
En même temps.
Comme si quelque chose venait de regarder au plus profond de leurs âmes.
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BOOOOOOOOOOOOOOOOOOM.
Le battement suivant fut si puissant...
que toute la ville s'agenouilla.
Humains.
Démons.
Éclipsés.
Même les Maîtres tombèrent sur un genou.
Sauf un.
Akai.
Il était le seul...
à être resté debout.
Et, très lentement...
le sourire de la lune s'agrandit.
