Le silence était revenu.
Un silence lourd.
Pesant.
Le village portait encore les traces de l'attaque.
Les rues étaient abîmées, certaines façades fissurées sur toute leur hauteur, laissant apparaître des lignes profondes comme des cicatrices. Des morceaux de pierre jonchaient encore le sol, mêlés à des restes de bois brisé et de tuiles éclatées.
L'odeur de fumée flottait dans l'air, persistante, s'accrochant aux vêtements et à la peau, mélangée à celle de la pierre humide et de la poussière.
Partout, les habitants s'activaient.
Certains réparaient.
D'autres nettoyaient.
Des enfants transportaient de petites pierres dans leurs bras, maladroits mais déterminés. Des adultes redressaient des poutres, remettaient en place des structures fragiles.
Les disciples de la Terre reconstruisaient lentement les murs effondrés, leurs mains posées sur le sol, faisant remonter la roche avec précision. Tandis que ceux de l'Eau stabilisaient les structures fragiles, leurs mouvements fluides guidant l'humidité pour renforcer les fondations fissurées.
Mais malgré cette activité…
Personne ne parlait vraiment fort.
Les voix restaient basses.
Comme si tout le monde avait encore peur que quelque chose revienne.
Comme si le moindre bruit trop fort pouvait réveiller un danger invisible.
Dans la cour du temple
Les élèves étaient rassemblés.
Fatigués.
Marqués.
Certains avaient encore des bandages autour des bras ou du torse. D'autres portaient des traces de brûlures ou de coups.
Morueshi se tenait debout devant eux.
Son corps portait encore les marques du combat. Ses vêtements étaient déchirés à plusieurs endroits, et ses bras étaient recouverts de brûlures superficielles, rougeâtres, témoins de ses affrontements répétés.
Mais son regard…
Avait changé.
Plus dur.
Plus profond.
Comme s'il avait compris quelque chose.
— Hier…
Il marqua une pause.
Sa voix était plus calme que d'habitude.
— On a failli perdre le contrôle.
Personne ne répondit.
Tous savaient.
Tous l'avaient vécu.
Le silence pesait entre eux.
Morueshi serra légèrement les poings.
— Et moi le premier.
Un léger murmure parcourut le groupe.
Certains échangèrent des regards.
Mais il continua.
— J'étais censé tenir la ligne.
— J'étais censé protéger tout le monde.
Son regard se durcit encore.
— Et j'ai été dépassé.
Le silence retomba.
Aira observa Morueshi.
Elle ne l'avait jamais vu comme ça.
Aussi… honnête.
Aussi vulnérable.
— Alors ça ne se reproduira pas, reprit-il.
Il leva légèrement la tête.
— À partir d'aujourd'hui…
Sa voix devint plus ferme.
— Je vais m'entraîner.
— Plus dur.
— Plus longtemps.
— Jusqu'à ne plus jamais être dans cette situation.
Certains élèves relevèrent la tête.
L'atmosphère changea légèrement.
Une étincelle.
Une motivation.
Une élève murmura :
— Moi aussi…
Un autre ajouta :
— Pareil…
Aira serra doucement ses mains.
Ses doigts tremblaient légèrement.
Son regard se posa inconsciemment vers le bâtiment où Akai était enfermé.
Puis elle détourna les yeux.
— …Moi aussi.
Sa voix était basse.
Mais déterminée.
À quelques mètres
Un léger rire se fit entendre.
— Hm.
Tous se tournèrent.
Un garçon était appuyé contre un pilier.
Bras croisés.
Regard légèrement moqueur.
Il était grand.
Plus grand que Morueshi.
Sa silhouette était élancée mais solide, dégageant une assurance naturelle. Ses cheveux gris tombaient légèrement sur son front, bougeant doucement comme portés par un vent invisible.
Ses yeux…
Verts.
Perçants.
Presque provocateurs.
Il portait une veste en cuir sombre, ouverte, qui contrastait avec les tenues plus traditionnelles des autres élèves. Elle renforçait son côté rebelle, détaché.
Le vent semblait réagir à sa présence, soulevant légèrement les pans de sa veste, comme s'il était en permanence entouré d'un courant invisible.
— C'est mignon.
Le silence tomba.
Morueshi le fixa.
— Arashi.
Le garçon se redressa lentement.
Un sourire étira ses lèvres.
— Quoi ?
Son regard glissa sur le groupe.
Puis revint sur Morueshi.
— J'ai dit quelque chose de faux ?
Il s'avança de quelques pas.
Calme.
Assuré.
Chaque pas semblait maîtrisé, comme s'il savait déjà qu'il dominait la situation.
— "On a failli perdre le contrôle"… répéta-t-il.
Il pencha légèrement la tête.
— Non.
— TU as failli perdre le contrôle.
Une tension immédiate monta.
Morueshi ne bougea pas.
— Tu veux dire quelque chose ?
Arashi haussa les épaules.
— Juste que si t'avais été plus fort…
Il sourit.
Un sourire supérieur.
— On n'en serait pas là.
Certains élèves reculèrent légèrement.
Aira fronça les sourcils.
— C'est pas le moment…
Arashi l'ignora complètement.
Comme si elle n'existait pas.
— On est du même grade, non ?
Il fixa Morueshi droit dans les yeux.
— Alors pourquoi c'est toi qui dirigeais ?
Le silence devint lourd.
Pesant.
Morueshi serra les poings.
Mais il ne répondit pas.
Arashi eut un léger rire.
— Voilà.
Il se détourna.
— Entraîne-toi bien.
Puis il ajouta, sans même se retourner :
— Peut-être qu'un jour tu seras utile.
Le vent tourna légèrement autour de lui.
Comme s'il accompagnait chacun de ses mouvements.
Et dans sa manière de parler…
Il n'y avait aucun doute.
Il se pensait supérieur.
Arashi s'éloigna.
Aira serra les dents.
— Quel idiot…
Mais Morueshi…
Ne dit rien.
Son regard était toujours fixé au sol.
Puis lentement…
Il releva la tête.
— Il a raison.
Tout le monde se figea.
— J'étais pas assez fort.
Ses yeux brûlaient de détermination.
— Mais ça va changer.
Sur un toit
Tsuki observait.
Silencieux.
Assis en hauteur, les jambes dans le vide.
Le vent faisait légèrement bouger ses cheveux, mais lui restait immobile.
Son regard était dirigé vers la cour.
Mais il ne disait rien.
Il ne descendait pas.
Il restait à distance.
Depuis l'attaque…
Il s'était éloigné.
Comme s'il mettait une barrière invisible entre lui et les autres.
Personne ne savait vraiment pourquoi.
Mais quelque chose avait changé.
Aira leva les yeux.
Leurs regards se croisèrent un instant.
Mais Tsuki détourna immédiatement les yeux.
Et se releva.
Puis il disparut.
Sans un mot.
Aira resta figée quelques secondes.
— Tsuki…
Mais il était déjà parti.
Plus tard
Dans le village
Les réparations continuaient.
Les bruits des outils reprenaient peu à peu le dessus sur le silence.
Des enfants transportaient de petites pierres.
Des adultes reconstruisaient les murs.
Petit à petit…
La vie reprenait.
Et avec elle…
Les discussions.
— Ces attaques…
— Ça vient d'où ?
— C'est pas normal…
Mais une chose était claire.
Une idée revenait souvent.
— Ça n'a rien à voir avec Akai.
— Oui… c'est impossible.
— Il était enfermé.
— Et puis… il nous aurait déjà attaqués.
Les voix étaient sûres.
Presque rassurées.
— Non.
— Ce n'est pas lui.
La rumeur changeait.
Doucement.
Mais sûrement.
Dans la cellule
Akai était toujours assis.
Le silence autour de lui était revenu.
Son corps était fatigué.
Ses muscles encore tendus par ce qu'il avait ressenti.
Mais son esprit…
Encore agité.
Il repensait au cri.
À Aira.
À cette peur.
À cette impuissance.
Le sceau sur son cou pulsa faiblement.
Une fois.
Puis plus rien.
Il leva légèrement la tête.
Comme s'il écoutait quelque chose.
Mais il n'y avait rien.
Seulement le silence.
Il ferma les yeux.
— …
À l'extérieur…
Le village se reconstruisait.
Les élèves s'entraînaient.
Les tensions grandissaient.
Et dans l'ombre…
Quelque chose continuait d'avancer.
Mais pour l'instant…
Une chose était certaine.
Akai allait bientôt sortir.
Et tout…
Allait changer.
