Le sourire demeurait.
Immobile.
Immense.
Comme gravé dans la lune.
Mais cette fois...
Quelque chose d'autre changea.
Les étoiles.
Une.
Puis deux.
Puis des dizaines.
Elles disparurent.
Comme si le ciel cessait lentement d'exister.
---
Le Maître du Feu s'arrêta.
Il leva une main.
Une immense colonne de flammes jaillit autour de lui.
Puis...
Les flammes s'éteignirent.
Toutes.
D'un seul coup.
Sans fumée.
Sans cendres.
Comme si quelque chose venait simplement de décider...
que le feu n'avait plus le droit de brûler.
Son regard se figea.
— Impossible...
---
Au nord.
Le Maître de l'Eau sentit la Seine s'immobiliser.
Plus une vague.
Plus un courant.
Le fleuve entier semblait retenir son souffle.
Puis...
À sa surface...
Deux yeux apparurent.
Immenses.
Rouges.
Le Maître recula d'un pas.
Puis les yeux disparurent.
Comme s'ils n'avaient jamais existé.
---
À l'ouest.
Le Maître de la Terre posa un genou au sol.
Les vibrations devenaient insupportables.
Chaque battement faisait résonner les montagnes.
Les vallées.
Les profondeurs.
Puis une pensée lui traversa l'esprit.
Sans qu'elle lui appartienne.
> Je me souviens de toi.
Il releva brutalement la tête.
— Qui a parlé ?
Le silence.
Absolu.
---
Au sud.
Le Maître du Vent leva les bras.
Par réflexe.
Par habitude.
Pour appeler son élément.
Rien.
Même l'air semblait avoir disparu.
Comme si l'atmosphère elle-même refusait désormais de lui répondre.
Pour la première fois de sa vie...
Il se sentit impuissant.
---
Les quatre Maîtres continuaient d'avancer.
Mais leurs pas étaient plus lents.
Plus lourds.
Comme si chacun d'eux comprenait que ce qu'ils allaient affronter...
n'était pas un ennemi.
---
Au centre de Paris...
Akai sentit son cœur accélérer.
Pas sous l'effet de la peur.
Sous l'effet...
d'une réponse.
Comme si quelque chose battait au même rythme que lui.
Un battement.
Puis le sien.
Puis un autre.
Puis le sien.
Ils se synchronisaient.
---
Le démon parla de nouveau.
Très doucement.
— Tu le sens...
Akai ne répondit pas.
Il n'arrivait plus à détourner les yeux de la lune.
— Plus il se réveille...
Plus ton cœur répond au sien.
---
Akai sentit un frisson parcourir tout son corps.
— Pourquoi ?
Long silence.
Puis le démon murmura.
— Parce qu'il te reconnaît.
---
À plusieurs centaines de mètres.
Noctis observa Akai.
Puis ferma lentement les yeux.
Comme s'il venait d'accepter une vérité qu'il refusait depuis des siècles.
— C'était donc vrai...
Orion fronça les sourcils.
— De quoi tu parles ?
Noctis ne répondit pas immédiatement.
Son regard restait fixé sur Akai.
— La prophétie était incomplète.
---
BOOOOOOOOOOOOOOOOOOM.
Un nouveau battement.
Cette fois...
Les fissures dans le ciel s'élargirent encore.
Des morceaux de nuages tombèrent.
Non.
Ils ne tombaient pas.
Ils étaient...
aspirés.
Vers l'intérieur de la fissure.
Comme si le ciel possédait désormais une profondeur.
Comme si quelque chose respirait derrière lui.
---
Puis...
Une voix.
Pas un son.
Pas un mot.
Une présence.
Elle traversa l'esprit de chaque être vivant.
Humains.
Démons.
Éclipsés.
Maîtres.
Tous entendirent exactement la même chose.
Un seul mot.
Un mot si ancien qu'aucune langue ne pouvait le traduire.
Mais tous en comprirent instinctivement le sens.
« Enfin. »
---
Personne ne parla.
Personne n'osa respirer.
Même le monde semblait attendre la suite.
Et dans la lune...
Le sourire s'élargit encore.
Comme si cette simple réponse...
était exactement celle qu'il attendait depuis une éternité.
Comme si le ciel entier attendait.
Puis...
Plus rien.
Aucun battement.
Aucun cri.
Même la fissure semblait s'être figée.
...
Personne n'osait bouger.
Les survivants restaient immobiles.
Les démons également.
Comme si tout le monde craignait d'être le premier à attirer son attention.
---
Puis...
Une petite fille parla.
Elle devait avoir six ans.
Elle tenait encore la main de sa mère.
Ses yeux ne quittaient pas la lune.
— Maman...
Sa voix était calme.
Trop calme.
— Pourquoi il nous regarde avec tes yeux ?
Le sang de sa mère se glaça.
Elle tourna brusquement la tête.
— Quoi ?
La fillette la regarda.
Sourit.
Puis continua.
— Quand tu dors...
il regarde aussi.
---
La mère recula.
Sa fille n'avait jamais parlé ainsi.
Jamais.
Puis la petite se remit simplement à regarder la lune.
Comme si rien ne s'était passé.
---
À plusieurs rues de là...
Un vieil homme tomba à genoux.
Il pleurait.
Silencieusement.
— Marie...
Murmura-t-il.
Une femme se tenait devant lui.
Sa femme.
Morte depuis vingt ans.
Elle lui souriait.
Exactement comme dans son souvenir.
Il tendit la main.
Ses doigts traversèrent le vide.
Pour les autres...
il était seul.
Mais lui...
continuait à lui parler.
Puis il se leva.
Et commença à marcher.
Vers la fissure.
Personne ne réussit à le retenir.
---
Le phénomène se répandit.
Pas comme une maladie.
Comme un souvenir.
Des milliers de personnes s'arrêtèrent.
Certaines parlaient à quelqu'un.
D'autres riaient.
D'autres demandaient pardon.
Tous voyaient quelqu'un de différent.
Une mère.
Un enfant.
Un frère.
Un amour perdu.
Les survivants pensaient enfin retrouver ceux qu'ils avaient perdus.
Ils ne comprenaient pas.
Ce n'était pas eux qui retrouvaient leurs morts.
Quelque chose...
retrouvait leurs souvenirs.
---
Noctis observa la scène.
Son visage devint plus sombre encore.
— Il apprend.
Tsuki tourna vers lui un regard inquiet.
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
Long silence.
Puis Noctis répondit.
— Il ne comprend pas encore les humains.
Alors...
il les regarde de l'intérieur.
---
Le vent demeurait absent.
Même les flammes brûlaient sans bruit.
Comme si le monde refusait désormais de produire le moindre son.
---
Puis...
Les miroirs changèrent.
Dans un appartement encore debout...
Une femme passa devant sa salle de bain.
Son reflet ne bougea pas.
Elle s'arrêta.
Regarda.
Son reflet...
continuait de la regarder.
Sans cligner des yeux.
Puis...
Très lentement...
Le reflet sourit.
Elle, non.
Le miroir se fissura.
La femme hurla.
Quand les secours arrivèrent...
Le miroir était vide.
La femme aussi.
La porte de l'appartement était pourtant fermée de l'intérieur.
---
Au même moment...
Des enfants commencèrent à dessiner.
Tous.
Dans différents quartiers.
Dans différents pays.
Sans se connaître.
Ils dessinaient la même chose.
Deux yeux.
Une immense bouche.
Et derrière elle...
une silhouette impossible à décrire.
Quand les adultes leur demandaient :
— Qui est-ce ?
Ils répondaient exactement la même phrase.
Au même mot près.
— Il essaie de se souvenir de son nom.
---
Le Maître de l'Eau sentit un frisson parcourir son corps.
Il regarda la Seine.
L'eau ne reflétait plus le ciel.
Elle reflétait...
une autre nuit.
Une nuit sans étoiles.
Sans lune.
Sans Terre.
Pendant une seconde...
Il vit une gigantesque silhouette marcher dans un océan noir.
Puis l'image disparut.
---
Le Maître de la Terre posa la main contre un immeuble.
Il entendit encore des battements.
Mais cette fois...
Ils n'étaient plus seuls.
Quelque chose...
chantait.
Pas avec des mots.
Avec des vibrations.
Comme si la planète entière répondait à une berceuse oubliée.
Il retira sa main.
Pris de panique.
---
Le Maître du Feu ralluma une flamme dans sa paume.
Elle vacilla.
Puis prit une forme.
Pendant une fraction de seconde...
La flamme dessina un visage.
Le même sourire.
Le Maître referma immédiatement la main.
La flamme s'éteignit.
---
Le Maître du Vent resta immobile.
Il sentit enfin une légère brise.
Une seule.
Elle venait de derrière lui.
Il se retourna.
Il n'y avait personne.
Mais une voix souffla contre son oreille.
— Tu existais déjà.
Il fit volte-face.
Toujours personne.
---
Au centre de Paris...
Akai était toujours debout.
Le démon ne parlait plus.
Il écoutait.
Puis...
Il murmura.
D'une voix presque triste.
— Il ne nous chasse pas.
Akai fronça les sourcils.
— Alors qu'est-ce qu'il fait ?
Le démon resta silencieux plusieurs secondes.
Puis répondit.
— Il essaie de se rappeler...
qui il était...
avant que le monde existe.
---
À cet instant...
Partout sur Terre...
Tous les survivants levèrent les yeux.
En même temps.
Pas parce qu'ils le voulaient.
Parce que quelque chose venait de les appeler.
Aucun son.
Aucune voix.
Pourtant...
ils avaient tous entendu.
Au fond de leur esprit.
Une question.
Une seule.
"Est-ce que vous vous souvenez de moi ?"
---
Personne ne répondit.
Mais...
sans qu'ils s'en rendent compte...
des larmes commencèrent à couler sur le visage de millions d'êtres humains.
Ils pleuraient.
Sans tristesse.
Sans douleur.
Comme si une partie d'eux...
regrettait quelqu'un...
qu'ils n'avaient pourtant jamais connu.
---
Et dans la lune...
Le sourire disparut.
Lentement.
Pour laisser place...
à une expression bien plus terrifiante.
Soudainement.
Le sourire avait disparu.
Pour la première fois...
La lune ne souriait plus.
Elle observait.
Simplement.
Comme un être qui venait de comprendre quelque chose.
Comme quelqu'un qui venait de retrouver un souvenir oublié depuis des milliers d'années.
---
Akai était toujours debout.
Au centre de Paris.
Autour de lui...
Le monde entier semblait avoir oublié comment respirer.
Les quatre Maîtres étaient encore à genoux.
Les démons tremblaient.
Les Éclipsés n'osaient plus bouger.
Même Noctis...
Même lui...
restait silencieux.
---
Puis Akai sentit quelque chose.
Pas une douleur.
Pas une attaque.
Une présence.
Quelque chose venait de poser son attention sur lui.
Pas son corps.
Pas son esprit.
Quelque chose de plus profond.
Comme si cette chose cherchait...
ce qui faisait de lui Akai.
---
Son démon murmura.
Pour la première fois...
sa voix n'était plus effrayée.
Elle était triste.
— Alors c'est toi...
Akai fronça les sourcils.
— De quoi tu parles ?
Le démon ne répondit pas immédiatement.
Comme s'il hésitait à prononcer les mots.
Puis :
— Celui qu'il attendait.
---
Un silence.
Puis Akai sentit son cœur ralentir.
— Moi ?
---
La fissure dans le ciel s'ouvrit davantage.
Mais aucun bruit ne sortit.
Aucune explosion.
Aucune destruction.
Seulement...
un passage.
Comme si le ciel venait d'ouvrir une porte.
---
Noctis fit un pas en avant.
Pour la première fois depuis des siècles...
il semblait paniqué.
— Non...
Orion tourna la tête.
— Noctis ?
Mais l'Élu lunaire ne regardait pas la lune.
Il regardait Akai.
---
— Ce n'est pas possible...
Tsuki fronça les sourcils.
— Explique-nous !
Noctis resta silencieux.
Puis il murmura :
— La prophétie ne parlait pas d'un sauveur.
---
Personne ne répondit.
---
— Elle parlait d'un lien.
---
Le vent absent revint soudainement.
Mais ce n'était pas une brise.
C'était un souffle.
Un souffle venant d'en haut.
Un souffle qui traversa toute la ville.
Les flammes s'éteignirent.
L'eau se souleva.
La terre trembla.
L'air lui-même sembla s'incliner.
---
Akai leva lentement les yeux.
La fissure.
Les yeux.
La présence.
Tout semblait l'appeler.
---
Puis...
une voix résonna.
Pas dans le ciel.
Pas autour de lui.
À l'intérieur.
---
Viens.
---
Akai serra les dents.
Il posa une main sur son cœur.
— Non...
---
Son démon murmura :
— Tu ne peux pas refuser.
Akai tourna légèrement la tête.
— Pourquoi ?
---
Un silence.
Puis :
— Parce qu'une partie de toi...
est déjà là-bas.
---
Akai sentit son sang se glacer.
---
Des images apparurent.
Pas des visions.
Des souvenirs.
Mais ils n'étaient pas les siens.
---
Une mer noire.
Un ciel sans étoiles.
Une Terre jeune.
Des montagnes qui n'avaient jamais connu les humains.
Puis...
un homme.
Un guerrier.
Seul.
Tenant une lame blanche comme la lumière lunaire.
Le premier Élu.
---
Akai le vit tomber.
Encore.
Encore.
Encore.
Toujours face à la même chose.
---
Puis une voix.
Celle du premier Élu.
---
"Si quelqu'un entend ce message..."
"Ne cherchez pas à vaincre cette chose."
---
Une pause.
---
"Comprenez-la."
---
Akai ouvrit brusquement les yeux.
---
Noctis venait de comprendre.
Son visage changea.
— Le premier Élu...
---
Tsuki regarda Akai.
— Qu'est-ce qu'il se passe ?
Noctis répondit d'une voix basse.
---
— Il ne va pas être détruit.
---
Silence.
---
— Il va être emmené.
---
---
Akai tenta de bouger.
Mais son corps devenait transparent.
Lentement.
Comme si son existence quittait ce monde.
---
Arai, qui était arrivée quelques secondes auparavant avec les autres survivants, courut vers lui.
— AKAI !
---
Pour la première fois...
son visage perdit toute retenue.
Elle ne voyait plus un héros.
Elle voyait quelqu'un qu'elle pouvait perdre.
---
Elle tendit la main.
Mais ses doigts traversèrent son bras.
---
Akai la regarda.
Surpris.
Comme s'il réalisait seulement maintenant qu'elle était là.
---
— Arai...
---
Elle serra les dents.
Les larmes aux yeux.
— Ne fais pas ça.
---
Akai voulut répondre.
Mais aucun son ne sortit.
---
Parce qu'au fond...
il ne savait pas s'il reviendrait.
---
Alors il sourit.
Un petit sourire.
Le même qu'avant les combats.
Avant les démons.
Avant la lune.
---
Puis il dit simplement :
— Je reviendrai.
---
Arai secoua la tête.
— Tu mens.
---
Akai resta silencieux.
---
Parce qu'elle avait raison.
---
La lumière lunaire l'enveloppa.
Son corps disparut.
Ses vêtements.
Son épée.
Son aura.
Tout.
---
Puis...
plus rien.
---
Akai n'était plus là.
---
La lune referma lentement la fissure.
Les yeux disparurent.
Le ciel redevint normal.
---
Mais quelque chose avait changé.
---
Tout le monde le sentit.
---
L'entité n'était pas partie.
---
Elle avait seulement...
pris Akai avec elle.
---
Long silence.
---
Puis un démon, quelque part dans Paris, murmura :
— Le réceptacle est parti...
---
Un autre répondit :
— Non.
---
Il leva les yeux vers la lune.
---
— Le réceptacle...
est devenu la porte.
---
---
Plus tard.
Très loin du centre de Paris.
Dans les ruines d'un ancien sanctuaire lunaire...
Noctis marchait seul.
Tsuki le suivait.
---
— Tu savais ?
demanda Tsuki.
---
Noctis continua d'avancer.
---
— Non.
---
— Alors pourquoi tu as l'air de savoir quoi faire ?
---
Noctis s'arrêta.
---
Devant eux...
une ancienne fresque était gravée dans la pierre.
---
Elle représentait :
La lune.
Le premier Élu.
Et derrière lui...
un humain portant les yeux de l'entité.
---
Tsuki pâlit.
---
— C'est...
---
Noctis hocha lentement la tête.
---
— La vérité que les anciens ont cachée.
---
Il posa la main sur la fresque.
---
— Le premier Élu n'a jamais tué cette chose.
---
Silence.
---
— Il l'a enfermée.
---
Puis Noctis regarda Tsuki.
---
— Et maintenant...
---
Une pause.
---
— Akai est devenu la nouvelle prison.
À suivre...
